Les premiers résultats des travaux présentés au Congrès Mondial d’agroforesterie.

Du 20 au 22 mai dernier, le Cirad et l’INRA ont accueilli à Montpellier le quatrième congrès mondial d’agroforesterie, organisé avec World Agroforestry (ICRAF). Ce congrès d’envergure est organisé tous les 5 ans et c’est la première fois qu’il se déroulait en Europe. Des intervenants de renoms venus du monde entier se sont succédés pour évoquer, avec les acteurs du secteur, toutes les grandes questions de recherche en agroforesterie et partager l’avancée de leurs travaux pour envisager des axes de développement communs.

 

Martin Notaro, du CIRAD, a eu l’occasion de présenter les premiers résultats de ses travaux pour Cacao Forest au Congrès Mondial d’agroforesterie. Une belle opportunité pour faire connaître le projet au plus grand nombre et pour asseoir encore d’avantage sa légitimité au sein des spécialistes du secteur.

logo.png

Martin, étudiant en 3ème année de PhD au CIRAD a choisi de réaliser sa thèse dans le cadre du projet Cacao Forest. Représentant du Cirad en République Dominicaine, il a passé 2 ans sur le terrain, notamment pour l’organisation du relevé des données, la collecte et l’analyse de celles-ci, afin de décrire l’existant: type de cacaoyères, espèces présentes, densité, taille et âge des arbres présents, etc….

 

Petit rappel de contexte :

l’agroforesterie consiste à associer des plantations d’arbres à d’autres espèces végétales pour optimiser les ressources du sol tout en respectant l’environnement.

 

Les cultures utilisant l’agro-foresterie associent souvent une culture principale de rente (ici le cacao) avec d’autres espèces d’arbres qui créent de l’ombrage à la culture de rente et offrent à l’agriculteur une diversification de produits et de revenus avec les fruits, le fourrage et les nombreux usages du bois. 

Il a été montré par des études scientifiques que le rendement en cacao diminue lorsque l’on augmente la diversité et la densité des espèces présentes dans le système agroforestier. En effet, les différentes espèces entrent en compétition et les arbres d’une même espèce sont eux-mêmes en compétition (pour accéder au soleil, capter l’eau et les nutriments du sol, etc…)

Evolution du rendement des plants de cacaoyers (kg/ha/an) en fonction de l’augmentation de la densité et de la diversité des autres espèces associées

Evolution du rendement des plants de cacaoyers (kg/ha/an) en fonction de l’augmentation de la densité et de la diversité des autres espèces associées

Seulement, cette vision du seul rendement est très court-termiste et ne peut pas être seule prise en compte. En effet, la diversité végétale stabilise et nourrit les sols; elle apporte un complément de revenus et/ou d’aliments aux familles de producteurs.

 

Objectif de l’étude :

Nous faisons donc l’hypothèse que dans un système agro-forestier, le cumul du chiffre d’affaires généré par les produits associés et celui de la rente principale (ici le cacao) peut être supérieur au chiffre d’affaire généré par la culture du cacao seul en monoculture.

Graphique 2 GB.png

La méthode déployée pour tester cette hypothèse est la suivante :

140 fermiers ont été choisis de manière aléatoire dans les 3 principales régions productrices de cacao en République Dominicaine.

3 grands groupes de modèles agro-forestiers ont été identifiés :

-        Le Type 1 : avec une faible densité et diversité d’arbres associés (surfaces plantées à plus de 85% avec des cacaoyers), moins d'espèces différentes présentes

-        Le Type 2 : densité et diversité moyenne : entre 3 et 7 espèces d’arbres différentes sur la cacaoyère

-        Le Type 3 : densité et diversité élevées : plus de 7 espèces différentes présentes.

Résultats:

Revenus générés (ou épargnés) par le cacao (CI), la commercialisation des fruits (FI) ou la consommation des fruits par la famille du producteur (SC) selon le Type agroforestier (T1, T2 ou T3)

Revenus générés (ou épargnés) par le cacao (CI), la commercialisation des fruits (FI) ou la consommation des fruits par la famille du producteur (SC) selon le Type agroforestier (T1, T2 ou T3)

Les revenus issus du cacao sont similaires pour les modèles de Type 1 et de Type 2, ils sont par contre nettement inférieurs pour les modèles de Type 3.

Les chiffre d’affaire générés par la vente des fruits est sensiblement le même sur les 3 modèles.

La consommation des fruits par la famille est clairement supérieure pour les modèles de Type 2 et 3.

 Les fruits les plus présents sur les cacaoyères dominicaines sont les bananes, les avocats et les agrumes.

 

Conclusion:

Evolution des différents types de revenus et du revenu global (GI, Global Income) selon la densité des modèles agroforestiers étudiés

Evolution des différents types de revenus et du revenu global (GI, Global Income) selon la densité des modèles agroforestiers étudiés

Le revenu global est sensiblement supérieur sur les parcelles de type 2 : le rendement en cacao est similaire aux parcelles de type 1 mais s’ajoute une partie importante de produits consommés par la famille du producteur. Il est probable que le producteur puisse commercialiser d’avantage qu’il ne le fait les fruits issus de la cacaoyère, car les circuits logistiques qui le permettraient n’ont pas encore été mis en place.

 

Le remplacement des arbres affaiblis ou malades dans les cacaoyères dominicaines et l’entretien de la diversité agroforestière permettrait d’augmenter de manière sensible le revenu des producteurs, réduire le taux de pauvreté et rendre la filière cacao attractive aux yeux des jeunes générations.

 

C’est le travail qui est en cours actuellement sur les 36 parcelles test étudiées par les équipes Cacao Forest et nous sommes tous très enthousiastes à l’idée de participer à cette dynamique de renouveau et d’espoir.

Marie Loones